ELIZA : le premier chatbot qui imite un psychothérapeute
En 1966, un informaticien du MIT écrit 200 lignes de code qui simulent un psychothérapeute rogérien. Ses patients s’y attachent comme à un vrai thérapeute. ELIZA révèle quelque chose de dérangeant sur la conversation humaine.
Le contexte : un informaticien sceptique
Joseph Weizenbaum, 43 ans en 1966, est professeur d’informatique au MIT. D’origine allemande juive, réfugié aux États-Unis pendant la guerre, il a une relation complexe avec l’optimisme technologique de ses collègues du MIT AI Lab.
En 1964, il commence à travailler sur le traitement automatique du langage naturel. Son idée : non pas comprendre vraiment le langage (trop dur), mais produire l’illusion de comprendre en reformulant habilement les phrases de l’interlocuteur.
L’événement : 200 lignes qui changent la conversation
Weizenbaum écrit son programme en LISP sur le système MAC du MIT. Il le baptise ELIZA — en référence à Eliza Doolittle, l’héroïne de Pygmalion que le professeur Higgins transforme en dame de la haute société.
Le programme est d’une simplicité déconcertante. Il cherche des motifs dans les phrases de l’utilisateur et les reformule en questions ouvertes. Le script le plus célèbre s’appelle DOCTOR et imite un psychothérapeute rogérien — une école de thérapie qui consiste à renvoyer au patient ses propres mots.
UTILISATEUR : « Les hommes sont tous pareils. »
— Conversation type avec ELIZA, 1966
ELIZA : « De quelle façon ? »
UTILISATEUR : « Ils nous embêtent tout le temps. »
ELIZA : « Pouvez-vous penser à un exemple précis ? »
UTILISATEUR : « Mon petit ami m’a forcée à venir ici. »
ELIZA : « Votre petit ami vous a forcée à venir ici ? »
L’impact : l’effet ELIZA
Weizenbaum est stupéfait par la réaction des utilisateurs. Sa propre secrétaire, après quelques minutes avec ELIZA, lui demande de quitter la pièce pour avoir une conversation « privée » avec le programme. Des psychiatres proposent sérieusement qu’ELIZA soit utilisée pour traiter les patients.
Weizenbaum est horrifié. En 1976, il publie Computer Power and Human Reason, un livre radical qui critique l’usage irréfléchi de l’IA. Le phénomène observé — l’attribution d’une compréhension réelle à des systèmes qui ne font que manipuler des motifs — sera baptisé effet ELIZA.
Résonance 2026 : ChatGPT est l’ELIZA de 2022
Quand OpenAI a lancé ChatGPT en novembre 2022, le phénomène observé par Weizenbaum s’est reproduit à une échelle inédite. Des millions d’utilisateurs ont développé des relations émotionnelles avec le chatbot. L’effet ELIZA, 56 ans après, n’a rien perdu de sa puissance.
Chez CMEDIA, chaque chatbot que nous déployons s’inscrit dans la lignée d’ELIZA — avec une conscience aiguë des responsabilités que cela implique. Nous concevons des assistants qui aident, pas des simulacres qui trompent.