La participation de 300 dollars de votre famille dans OpenAI

Le domaine de l’IA connaît encore aujourd’hui une évolution intéressante.

La participation de 300 dollars de votre famille dans OpenAI

Sam Altman souhaite que les Américains profitent des retombées économiques de l’IA. Cette proposition est peut-être plus révélatrice en tant que discours politique qu’en tant que programme d’action.

Notons par ailleurs, la promesse maintes fois évoquée de Sam Altman, PDG d’OpenAI, selon laquelle les Américains bénéficieront de la richesse générée par l’IA, a de nouveau fait la une de l’actualité la semaine dernière. Jeudi, le Financial Times a rapporté qu’Altman était en pourparlers avec le président Trump afin d’accorder au gouvernement américain une participation de 5 % dans OpenAI.

À certains égards, le projet d’Altman n’est pas nouveau. Il avait déjà évoqué une version plus radicale de ce projet en 2021, proposant que toutes les entreprises dépassant une certaine valorisation (et pas seulement celles spécialisées dans l’IA) versent chaque année 2,5 % de leur valeur boursière à un fonds qui distribuerait des versements annuels aux Américains. En avril de cette année, OpenAI a présenté une proposition plus restreinte qui ressemble fortement à ce dont Altman discuterait actuellement avec Trump. Et cette idée suscite un large engouement politique : le sénateur Bernie Sanders a proposé d’accorder aux Américains une participation de 50 % dans les principales structures spécialisées dans l’IA.

Quelle est la logique derrière tout cela ? Pour les bénéficiaires potentiels, elle est double. D’une part, l’IA apprend directement à partir d’œuvres créées par l’homme — livres, films, œuvres d’art —, mais les structures spécialisées dans l’IA ne rémunèrent généralement jamais les auteurs de ces œuvres. Une participation gratuite au capital pourrait constituer une forme de compensation tardive. D’autre part, cette aide financière pourrait atténuer la crainte largement répandue selon laquelle l’IA entraînerait un effondrement du marché du travail (même si les économistes ne sont pas tous d’accord sur ce point) en offrant un filet de sécurité.

L’ampleur de ce filet de sécurité fait l’objet d’un débat. Les détails de la dernière proposition d’OpenAI sont rares, mais imaginons que le gouvernement décide de distribuer directement cette participation aux Américains. À l’issue de sa levée de fonds en mars, la société était valorisée à 852 milliards de dollars, ce qui signifie qu’une participation de 5 % dans OpenAI vaut aujourd’hui environ 42,6 milliards de dollars (la société aurait décidé de reporter son introduction en bourse jusqu’à ce qu’elle atteigne une valorisation de 1 000 milliards de dollars, un objectif ambitieux compte tenu de ses dépenses importantes en centres de éléments et du fait qu’elle n’est toujours pas rentable). Si l’on répartissait ces 42,6 milliards de dollars à parts égales entre les quelque 133 millions de foyers américains, chacun disposerait d’environ 320 dollars de capital. Toutefois s’il devait fonctionner comme les autres fonds souverains, le gouvernement ne distribuerait pas directement des actions aux Américains ; il laisserait plutôt le fonds se développer, puis partagerait une partie des bénéfices avec tout le monde, ce qui pourrait se traduire par des dividendes plus importants, si et quand les entreprises spécialisées dans l’IA parviennent un jour à dégager des bénéfices de manière durable.

Dans la foulée, si ce dividende venait à se concrétiser, quels en seraient les avantages pour les sociétés technologiques ? Altman pourrait espérer que la promesse de ces versements contribue à faire pencher un peu plus l’opinion publique en faveur des entreprises spécialisées dans l’IA. (Une majorité d’Américains ne font pas confiance aux structures pour utiliser l’IA de manière responsable et s’opposent à la construction de centres de données dans leur région ; ils sont d’ailleurs une fois et demie plus inquiets qu’enthousiastes face à l’intrusion croissante de l’IA dans leur vie quotidienne.)

Cependant l’enjeu le plus important pour OpenAI pourrait bien être le fait que l’administration Trump adore conclure des accords dans le domaine technologique — comme sa prise de participation dans Intel ou sa part des ventes de Nvidia en Chine, entre autres. Rester dans les bonnes grâces de l’administration est aujourd’hui essentiel pour les firmes spécialisées dans l’IA (il suffit de demander à Anthropic). Cela pourrait signifier que vos modèles ne soient pas considérés comme un risque pour la chaîne d’approvisionnement, ou que vous bénéficiez d’un soutien accru de la Maison Blanche pour empêcher vos concurrents chinois de vous faire concurrence.

Ce que je retiens surtout, c’est que ces projets s’apparentent davantage à un récit qu’à une véritable politique. Altman évoque une version ou une autre de cette idée depuis cinq ans et l’aurait présentée au président Trump peu après son entrée en fonction, mais rien n’indique pour l’instant qu’un projet concret soit en train de prendre forme. La proposition plus ambitieuse de Sanders a encore moins de chances de faire son chemin.

Pour les professionnels du domaine, cette annonce mérite d’être surveillée.

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Selon l’information initialement publiée par MIT Technology Review : MIT Technology Review