Shakey : le premier robot qui raisonne sur le monde
En 1969, un robot de 2 mètres de haut se promène dans les couloirs de Stanford en planifiant ses déplacements. Shakey est le premier robot mobile capable de raisonnement logique — l’ancêtre direct des voitures autonomes.
Le contexte : l’IA veut sortir du laboratoire
Au milieu des années 1960, l’IA a démontré qu’elle pouvait jouer aux échecs, prouver des théorèmes, tenir une conversation simulée. Mais tout cela se passe dans des micromondes abstraits. Le défi suivant : mettre l’IA dans le monde réel, avec un corps, des capteurs, des moteurs.
DARPA finance massivement. À Stanford Research Institute (SRI), une équipe menée par Charles Rosen se lance dans le projet le plus ambitieux de l’époque.
L’événement : un robot qui tremble
De 1966 à 1972, l’équipe construit Shakey the Robot — surnommé ainsi parce qu’il tremble visiblement en se déplaçant. Le robot mesure 2 mètres, pèse 200 kg, équipé d’une caméra TV, d’un télémètre et d’antennes de contact.
Shakey n’a pas d’intelligence embarquée — il est relié par radio à un gros ordinateur SDS-940. Mais pour la première fois, une machine mobile raisonne sur son environnement physique. Lui dit-on « pousse la boîte de la salle A vers la salle B », il décompose le problème, planifie un trajet, identifie les obstacles.
Pour ce faire, Shakey utilise un nouveau langage de représentation appelé STRIPS et un algorithme de recherche de chemin baptisé A* (A-star).
« Shakey est la première personne à intégrer la perception, la planification et l’exécution à travers un système de résolution de problèmes. »
— Nils Nilsson, directeur du projet
L’impact : deux algorithmes qui changent tout
Shakey est lent et fragile. Un documentaire BBC de 1970 le montre prenant 20 minutes pour traverser une pièce. Mais les idées engendrées sont monumentales.
A* est aujourd’hui utilisé partout : GPS, jeux vidéo, routage réseau, drones. STRIPS a inauguré le champ de la planification automatique. En 2017, Shakey est nommé IEEE Milestone.
Résonance 2026 : les Teslas sont les petits-enfants de Shakey
Chaque Tesla, Waymo ou Cruise tracant un chemin dans San Francisco utilise des descendants directs d’A*. Chaque robot Boston Dynamics applique les principes de STRIPS. Chaque agent Claude ou GPT planifiant une séquence multi-étapes réutilise le framework de Shakey.
Chez CMEDIA, nous sommes en ligne directe avec cette tradition initiée en 1969 par un robot tremblant à Stanford.